Les Sables-d’Olonne tracent le prototype d’une ville chère à Maigret : un
port, l’océan, des quais, des bars, des odeurs de marée et le coude-à-coude
populaire. Des maisons de petites gens et des notables dont il infiltre les
secrets. Sans omettre les liens affectifs qui, de 1927 à 1955, ont uni
Simenon à la ville.
Promenade préférée de Maigret et de Simenon : le Remblai et son idyllique décor de station balnéaire.
Sur le Remblai, l’hôtel Bel-Air, où descendent les Maigret, n’est autre que l’hôtel des Roches Noires, celui de Simenon.
Le passeur des Sables à la Chaume attire le regard de Maigret.
Ici, l'on pêche la sardine, le germon, les crustacés.

Cet « Hôtel de France et des Étrangers réunis » devint la clinique Notre-Dame-de- France, place de la Liberté, dans
les années 1930. C’est ici que Maigret rend visite tous les jours à sa femme hospitalisée.
© Document Claude Thomas.
L’ancien commissariat des Sables, place Général-Collineau, où Maigret rejoint ses collègues sablais.
Place du Grand-Canton. La maison du crime du docteur Bellamy emprunte sa réalité à celle du docteur Édouard Thébaud qui soigna Simenon aux Sables à la fin de la guerre.
En 1928, enthousiasmé par le tour de la France qu'il vient de boucler sur les canaux et cours d'eau à bord d'un petit esquif, le Ginette, Georges Simenon, qui écrit encore des romans populaires sous divers pseudonymes, veut vivre une expérience plus intense encore. Connaître la pleine mer. Sitôt rentré à Paris, il se précipite dès l'automne à Fécamp et commande aux chantiers Georges Argentin, situés à l'époque sur le quai sud du bassin de Freycinet, un cotre robuste comme ceux des pêcheurs du Nord. Simenon sait ce qu'il veut, le plus souvent il viendra à Fécamp surveiller la construction et discuter avec Argentin : son bateau jaugeant 7,30 tonneaux doit être en chêne et capable d'embarquer au moins quatre passagers : sa femme Régine, Boule, sa servante-maîtresse née tout près à Bénouville, son chien Olaf et lui. Début mars 1929, fier comme un capitaine, Simenon quitte Fécamp et va baptiser son bateau tout neuf l'Ostrogoth à Paris. Bateau mythique : c'est à son bord qu'il va bientôt créer le célèbre personnage du commissaire Maigret. Expérience capitale : le jeune romancier va vivre près de trois ans sur l'eau, libre, nomade, collectionneur d'expériences et d'atmosphères. C'est-à-dire lui-même.
Il y eut une note grêle, du côté de la falaise, l'horloge
de la Bénédictine qui sonnait une heure.
Maigret marchait vers l'Hôtel de la Plage, les mains derrière
le dos, mais, à mesure qu'il avançait, son pas devenait plus
lent et il finit par s'arrêter tout à fait, au beau milieu du
quai.
Devant, c'était l'hôtel, sa chambre, son lit, un ensemble paisible
et rassurant.
Derrière... Il se retourna. Il revit la cheminée du chalutier
qui fumait doucement, car on avait allumé les feux. Fécamp était
endormi. Il y avait une grande flaque de lune au milieu du bassin. La brise
se levait, arrivait du large, presque glacée, comme l'haleine de la
mer.
Alors Maigret fit demi-tour, lourdement, à regret. Il enjamba à
nouveau des cordage lovés aux bittes, se retrouva debout au bon du
quai, les yeux braqués sur l'Océan.
Ses yeux étaient tout petits, sa bouche me traçante, ses poings
au fond des poches. C'était le Maigret solitaire, mécontent
replié sur lui-même, qui s'obstine, sans souci du ridicule.
La marée était basse. Le pont du chalutier était à
quatre ou cinq mètres en dessous du niveau du sol. Mais une planche
avait été jetée du quai à la passerelle de commandement.
Une planche mince, étroite.
Le bruit du ressac devenait plus distinct. Le flux devait commencer, tandis
que l'eau blanchâtre rongeait peu à peu les galets de la plage.
Maigret s'engagea sur la planche qui forma un arc de cercle quand il pesa
en son milieu. Ses semelles crissèrent sur la passerelle de fer. Mais
il n'alla pas plus loin. Il se laissa tomber sur le banc de quart, face à
la roue du gouvernail, au compas duquel pendaient les grosses mitaines de
mer du capitaine Fallut. Ainsi des chiens viennent se camper, maussades, obstinés,
devant un terrier où ils ont flairé quelque chose.
La gare de La Bréauté où, à sept
heures et demie du matin, le commissaire Maigret quitta la grande ligne Paris-Le
Havre, lui donna un avant-goût de Fécamp.
Un buffet mal éclairé, aux murs sales, avec un comptoir où
moisissaient quelques gâteaux secs et où trois bananes et cinq
oranges essayaient de faire une pyramide.
Ici, on sentait plus violemment la tempête. La pluie tombait à
seaux. Pour aller d'une voie à l'autre, il fallait patauger dans la
boue jusqu'aux genoux.
Un vilain petit train, fait de wagons de rebut. Des fermes mal dessinées
dans le petit jour blême, à demi effacées par les hachures
de pluie. Fécamp ! Une odeur compacte de morue et de hareng. Des monceaux
de barils. Des mâts derrière les locomotives. Une sirène
qui mugissait quelque part.
- Le quai des Belges ?
C'était tout droit. Il suffisait de marcher dans les flaques visqueuses
où scintillaient des écailles de poissons et où pourrissaient
leurs viscères. Le photographe d'art était en même temps
boutiquier et dépositaire de journaux. Il vendait des suroîts,
des vareuses rouges en toile à voile, des cordages de chanvre et des
cartes postales de nouvel an.
Un homme chétif et décoloré, qui appela sa femme à
la rescousse dès que fut prononcé le mot police. Et elle, une
belle Normande, regardait Maigret dans les yeux, semblait le provoquer.