|
Maigret à l'écran : version imprimable |
MAIGRET A L'ECRAN« Gabin a fait un travail hallucinant. Ca me gêne du reste un petit peu, parce que je ne vais plus pouvoir voir Maigret que sous les traits de Gabin. » (Georges Simenon - L'Express) A peine écrits et parus chez Fayard en 1931, trois Maigret ont intéressé cinéastes et producteurs. Au total, douze longs métrages, un sketch et un film composé de trois sketches de 1932 à 1966. Puis, grâce à la télévision, aux télévisions, le commissaire a pu voir son image se multiplier : Rupert Davies et Michel Gambon en Angleterre, Boris Tenine en URSS, Ian Teuling en Hollande, Kinya Aïkawa au Japon, Kees Bruce en Allemagne. Jean Richard en France de 1967 à 1990 et, depuis 1991, Bruno Crémer bien entendu. Simenon donne la parole au commissaire Maigret dans Les Mémoires de Maigret :C'est une drôle de sensation de voir sur l'écran, allant, venant, parlant, se mouchant, un monsieur qui prétend être vous, qui emprunte certains de vos tics, prononce des phrases que vous avez prononcées, dans des circonstances que vous avez connues, que vous avez vécues, dans des cadres qui, parfois, ont été minutieusement reconstitués. Encore avec le premier Maiget de l'écran, Pierre Renoir, la vraisemblance était-elle à peu près respectée. Je devenais un peu plus grand, plus svelte. Le visage, bien entendu, était différent, mais certaines attitudes étaient si frappantes que je soupçonne l'acteur de m'avoir observé à mon insu. Quelques. mois plus tard, je rapetissais de vingt centimètres et, ce que je perdais en hauteur, je le gagnais en embonpoint, je devenais, sous les traits d'Abel Tarride, obèse et bonasse, si mou que j'avais l'air d'un animal en baudruche qui va s'envoler au plafond. Je ne parle pas des clins d'oeil entendus par lesquels je soulignais mes propres trouvailles et mes finesses ! Je ne suis pas resté jusqu'au bout du film, et mes tribulations n'étaient pas finies. Harry Baur était sans doute un grand acteur, mais il avait vingt bonnes années de plus que moi à cette époque, un faciès à la fois mou et tragique. Passons ! Après avoir vieilli de vingt ans, je rajeunissais de presque autant, beaucoup plus tard, avec un certain Préjean, à qui je n'ai aucun reproche à faire - pas plus qu'aux autres, - mais qui ressemble beaucoup plus à certains jeunes inspecteurs d'aujourd'hui qu'à ceux de ma génération. Tout récemment enfin, on m'a grossi à nouveau, grossi à m'en faire éclater, en même temps que je me mettais, sous les traits de Charles Laughton, à parler la langue anglaise comme ma langue maternelle. Eh bien ! de tous ceux-là, il y en a au moins un qui a eu le goût de tricher avec Simenon et de trouver que ma vérité valait mieux que la sienne. C'est Pierre Renoir, qui ne s'est pas vissé un chapeau melon sur la tête, mais qui a arboré un chapeau mou tout ordinaire, des vêtements comme en porte n'importe quel fonctionnaire, qu'il soit ou non de la police. Je m'aperçois que je n'ai parlé que de détails mesquins, d'un chapeau, d'un pardessus, d'un poêle à charbon, probablement parce que ce sont ces détails-là qui m'ont choqué les premiers. On ne s'étonne pas de devenir un homme, puis un vieillard. Mais qu'un homme coupe simplement les pointes de ses moustaches et il ne se reconnaît pas lui-même. (in Les Mémoires de Maigret) |